À l’occasion de l’événement national Roadtrain Girly en lien avec la Journée internationale des droits des femmes, MECATEAMCLUSTER brosse le portrait de plusieurs femmes. Chaque jour de cette semaine, des femmes issues d’entreprises membres du réseau MECATEAMCLUSTER témoignent de leur parcours et de leur quotidien.
4/5 – Océane Blanchard, 27 ans, ingénieure travaux chez COLA RAIL : « On est largement capables »
Un chantier ferroviaire, de nuit, au cœur d’un tunnel. C’est dans cet environnement que l’on peut rencontrer Océane Blanchard, 27 ans, ingénieure travaux chez Colas Rail. Passée par une classe préparatoire scientifique à Dijon, puis par Centrale Lille et un double diplôme en génie civil à Bruxelles, elle a connu très tôt la réalité des chiffres : 5 femmes sur 33 en deuxième année de prépa, environ 25 % d’étudiantes en école d’ingénieurs, encore moins en génie civil. « On est largement capables, mais on est loin d’être à 50-50 », constate-t-elle.
Fille d’un professionnel des travaux publics, elle a été mise en garde : le secteur peut être plus dur pour une femme, surtout jeune. « On m’a prévenue que ce serait compliqué, mais je n’aimais pas l’idée qu’on me dise non à cause d’une vieille mentalité. » Elle choisit donc d’y aller, convaincue que la légitimité se construit par le travail, pas par le genre.
Elle découvre le ferroviaire presque par hasard, lors d’un stage de césure chez Colas Rail. Première immersion : une nuit sur un chantier. Elle y trouve un univers de précision et de responsabilité. « On n’a pas le droit à l’erreur. À la fin de la nuit, le tunnel doit être prêt, sécurisé, pour que les trains circulent. Les voyageurs ne doivent jamais se douter qu’on a travaillé. »
Aujourd’hui, elle supervise des travaux de rénovation d’ouvrages souterrains ferroviaires. Béton, treillis, démolition, reconstruction : du génie civil en environnement ferroviaire, avec ses contraintes spécifiques. Elle prépare les budgets et procédures le jour, encadre les équipes la nuit, vérifie sécurité et qualité, échange avec le client, planifie avec le chef de chantier.
Un rythme exigeant, d’autant plus qu’elle travaille en grand déplacement à l’échelle nationale : Compiègne, Nice, Brive-la-Gaillarde, Vesoul… La semaine loin de son domicile bourguignon, les week-ends pour déconnecter. « Le corps n’est pas fait pour vivre la nuit. Mais le challenge fait qu’on se sent mille fois plus vivant. »
Sur le terrain, les femmes restent rares. Elle est la seule ingénieure technique de son agence à intervenir régulièrement sur chantier. Les difficultés ? Plutôt des réflexes persistants que des obstacles frontaux : une protection excessive, des blagues parfois déplacées. « Un mélange de galanterie et du rappel que je suis une femme. » Mais dans son entreprise, assure-t-elle, les comportements inappropriés ne sont pas tolérés. « La discrimination n’a pas sa place. Les faits sont traités. » L’arrivée récente d’une directrice régionale dans sa hiérarchie constitue pour elle un signal fort. « Ça montre que c’est possible. » Elle-même ambitionne de gravir les échelons, après avoir consolidé son expertise terrain.
Que dirait-elle à une jeune fille tentée par ces métiers mais freinée par les clichés ? Un mot : « Oser. » Selon elle, l’image du ferroviaire – poussière, pénibilité, machisme – ne correspond plus à la réalité. Les contraintes existent. Le travail de nuit et les déplacements demandent une organisation rigoureuse. Mais les possibilités sont multiples : terrain, bureau d’études, management, fonctions supports… « On peut être dans le ferroviaire sans faire 100 % de terrain. Il y a énormément de carrières possibles. »
À l’image de ces chantiers invisibles, la place des femmes dans le ferroviaire progresse parfois sans bruit. Océane Blanchard, casque sur la tête et ambitions assumées, en est l’un des visages.