À l’occasion de l’événement national Roadtrain Girly en lien avec la Journée internationale des droits des femmes, MECATEAMCLUSTER brosse le portrait de plusieurs femmes. Chaque jour de cette semaine, des femmes issues d’entreprises membres du réseau MECATEAMCLUSTER témoignent de leur parcours et de leur quotidien.
1/5 – Claire Rozot, 26 ans, chargée de développement matériel chez ETF : « Il n’y a pas à choisir entre compétence et identité »
Claire Rozot, 26 ans, n’avait jamais entendu parler du ferroviaire lorsqu’elle a quitté son école d’ingénieurs en mécanique de Nancy. Son stage de fin d’études, effectué dans le nucléaire, ne la prédestinait pas aux rails. C’est presque un hasard – une ancienne élève de son école quittant son poste – qui la mène chez ETF, en 2021, en tant que chargée de développement matériel. « Je n’y connaissais absolument rien », reconnaît-elle. Quatre ans plus tard, elle est ingénieure au bureau d’études et conçoit les outils qui feront les chantiers de demain.
Son métier : transformer des contraintes techniques en solutions concrètes en répondant aux besoins des chantiers actuels régionaux et nationaux. Claire imagine et dimensionne des systèmes et des machines adaptées aux exigences de la SNCF ou de la RATP qui ne sont aujourd’hui pas disponibles dans les catalogues… « On met des briques les unes sur les autres, on construit la solution avant même que le chantier n’existe. » Un travail d’anticipation et de précision, au carrefour du terrain et de la conception.
Mais dans cet univers industriel encore largement masculin, être une femme reste une donnée qui compte.
À l’école déjà, elles n’étaient que 30 % dans sa promotion. Claire se souvient de remarques sexistes, de comportements déplacés en soirée. Elle crée alors une association féministe pour libérer la parole et pousser l’établissement à réagir. « Il fallait éduquer, mettre des mots. » Les mentalités évoluent, lentement.
Dans le monde professionnel, le constat est contrasté. Au bureau d’études, la mixité progresse avec deux femmes sur cinq dans son équipe. Les jeunes générations ont intégré de nouveaux codes et l’entreprise multiplie formations et webinaires sur le sexisme ordinaire. « Les managers réagissent tout de suite quand il y a un dérapage », souligne-t-elle.
Sur chantier, certaines habitudes demeurent. Il arrive qu’on lui suggère de se ménager ou que sa légitimité soit mise à l’épreuve. « Il faut du caractère », tranche-t-elle. Claire assume donc sa place, revendique sa compétence, refuse les sous-entendus. Avec le temps, la crédibilité s’impose.
Elle observe aussi des évolutions positives. Dans les ateliers, certains techniciens la prennent sous leur aile, parfois avec une forme de fierté. « Ils disent qu’ils aimeraient que leurs petites-filles fassent des métiers techniques. »
Engagée comme marraine dans l’association Elles bougent, Claire intervient auprès de collégiennes et lycéennes. Les questions reviennent souvent : pourra-t-on rester féminine dans un métier technique ? « Bien sûr. On peut faire de la mécanique et mettre du vernis. » Derrière la formule se dessine un message plus profond : « il n’y a pas à choisir entre compétence et identité ».
À celles qui hésitent, elle conseille de ne pas avoir peur : « on est capables ». Pour elle, le ferroviaire n’est pas un bastion masculin à conquérir, mais un terrain professionnel comme un autre, qui a besoin de talents. Et les talents, insiste-t-elle, n’ont pas de genre.